Acquérir une PME avant la présidentielle : saisir ou éviter la fenêtre 2027 ?

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À chaque cycle électoral, c'est la même musique : les candidats promettent monts et merveilles pour les entreprises, les médias saturent de commentaires, et les projets d'acquisition d'entreprise se figent. Acheter une PME en France avant une présidentielle serait‑il forcément imprudent ? La réalité est bien plus nuancée, et souvent contre‑intuitive pour la croissance externe.

L'obsession du "grand soir" fiscal : un mauvais conseiller

En 2026, une partie des dirigeants et des repreneurs que je rencontre reporte leurs projets d'acquisition à "après 2027". Non pas parce que le dossier n'est pas mûr, mais par peur de ce qui pourrait sortir des urnes : réforme fiscale, bouleversement social, instabilité réglementaire...

On peut comprendre ce réflexe. Mais il repose sur une illusion : celle du "grand soir" qui changerait du jour au lendemain le sort des entreprises françaises. Or, si l'on regarde les 20 dernières années, les changements majeurs (fiscaux, sociaux, sectoriels) se déploient rarement en rupture nette. Ils arrivent par vagues, avec des phases de transition souvent prévisibles pour qui sait lire les textes et les signaux faibles.

Autrement dit : attendre la présidentielle pour "y voir clair" est parfois plus un confort psychologique qu'une vraie stratégie.

Pourquoi le pré‑électoral est souvent un bon moment pour acheter

Il y a pourtant un paradoxe intéressant : les périodes pré‑électorales créent un flottement qui peut, pour un repreneur lucide, devenir un avantage très concret.

Des vendeurs plus hésitants... donc plus négociables

Beaucoup de cédants, surtout parmi les dirigeants de PME qui approchent de la soixantaine, se retrouvent écartelés :

  • Ils ont peur d'un éventuel durcissement fiscal sur les plus‑values de cession ;
  • Ils redoutent aussi une dégradation économique après l'élection ;
  • Ils ne veulent pas "rater" le bon moment, sans trop savoir lequel c'est.

Cette hésitation ouvre en réalité des marges de discussion nouvelles pour un acquéreur structuré. Un vendeur qui a besoin d'être rassuré sur le calendrier sera plus ouvert :

  • À des schémas de paiement échelonnés intelligents ;
  • À un accompagnement plus long, qui sécurise la transition ;
  • À une valorisation légèrement ajustée contre des garanties solides.

Ce n'est pas de l'opportunisme cynique, c'est un constat : la perception du risque politique peut être monétisée dans les termes du deal, pour peu qu'on la documente froidement.

Le vrai risque : l'impréparation du repreneur, pas l'élection

La plupart des acquisitions qui se passent mal autour d'une échéance politique ne dérapent pas à cause d'une loi nouvelle ou d'un changement de majorité. Elles dérapent parce que l'acquéreur n'a pas fait son travail de fond :

  • Pas de diagnostic d'acquisition sérieux ;
  • Pas de scénarios économiques en cas de retournement ;
  • Pas de compréhension fine de la dépendance de l'entreprise à telle niche fiscale ou réglementation sectorielle.

En clair : on accuse le bulletin de vote pour éviter de regarder le dossier au microscope. C'est confortable intellectuellement, mais dangereux pour votre patrimoine.

Un exemple très concret de mauvaise excuse politique

J'ai encore en tête le cas d'un repreneur qui, en 2017, a renoncé à une excellente PME de services BtoB sous prétexte "d'incertitude liée aux ordonnances travail". Il avait pourtant sous les yeux une entreprise :

  1. Peu syndiquée ;
  2. Avec un turn‑over maîtrisé ;
  3. Accrochée à des contrats récurrents sur 3 à 5 ans.

Deux ans plus tard, la même société a été reprise par un concurrent, à un multiple nettement supérieur. Les "incertitudes politiques" avaient servi d'alibi à une absence de décision. Rien de plus.

Ce que disent les chiffres : la vie continue entre deux scrutins

Si l'on se penche sur les données agrégées (Banque de France, Insee, rapports Bpifrance et observatoires des transmissions), un constat simple s'impose : les volumes de cessions‑acquisitions de PME en France ne s'arrêtent jamais vraiment, même en année électorale. Ils se décalent légèrement, parfois, mais ne s'effondrent pas.

On observe souvent :

  • Une légère concentration des signatures soit juste avant, soit quelques mois après l'élection ;
  • Une plus grande prudence des banques dans la documentation des risques ;
  • Un peu plus de temps passé à tester les scénarios des prévisionnels.

Rien de tout cela n'interdit d'acheter. Cela oblige simplement à être plus adulte dans la préparation du dossier de croissance externe.

Structurer son acquisition dans un climat politique incertain

1. Commencer par ce qui ne dépend pas de l'élection

Avant de vous demander ce que 2027 va changer, commencez par ce qui ne changera pas fondamentalement :

  • La dynamique concurrentielle de votre secteur ;
  • Le positionnement réel de la cible sur son marché ;
  • La qualité du management et des équipes ;
  • La solidité des processus, du système d'information, de la relation clients.

C'est le cœur du diagnostic : évaluer la cible comme si aucune échéance électorale n'existait. Ensuite seulement, vous ajoutez une couche "macro" de réflexion.

2. Identifier les zones de sensibilité politique

Ensuite, il faut avoir l'honnêteté de regarder où l'État et le politique ont réellement prise :

  • Subventions, aides sectorielles, niches fiscales ;
  • Réglementation sociale spécifique (branches très encadrées, conventions lourdes) ;
  • Exposition aux marchés publics ;
  • Réglementation environnementale en évolution.

Pour chaque point, on peut bâtir un scénario pessimiste raisonnable : "Et si telle aide disparaît ? Si tel dispositif est plafonné ? Si la norme environnementale se durcit de 10 % ?". Cela ne donne pas un roman d'anticipation, mais des chiffres, parfois désagréables, mais actionnables.

3. Parler tôt avec les financeurs

Dans un contexte pré‑présidentiel, il est d'autant plus crucial de concerter vos financeurs (banques, Bpifrance, investisseurs) très en amont. Non pas pour leur demander de lire dans le marc de café politique, mais pour :

  • Tester leur appétit pour le secteur et la taille de l'opération ;
  • Calibrer les ratios d'endettement acceptables dans ce climat ;
  • Identifier d'éventuels dispositifs de garantie (BPI, région, etc.).

Sur ce point, notre rôle d'intermédiaire est souvent de faire le pont entre la réalité du dossier et les grilles d'analyse des financeurs, qui deviennent mécaniquement plus exigeantes à l'approche de 2027.

Calendrier politique vs calendrier économique : ne pas tout mélanger

Le pire piège est d'aligner aveuglément votre calendrier d'acquisition d'entreprise sur celui de la présidentielle. Il y a au moins trois autres horloges à écouter :

  • L'horloge du vendeur : son âge, sa fatigue, ses projets personnels. Attendre deux ans de plus peut faire basculer une cession sereine en vente sous contrainte.
  • L'horloge du marché : fenêtre de consolidation sectorielle, arrivée de concurrents étrangers, mutation technologique.
  • Votre propre horloge : trésorerie, équipe disponible pour intégrer une cible, énergie personnelle. Tout le monde n'a pas envie de piloter une intégration à 62 ans.

Quand ces trois horloges clignotent au vert en 2026, reporter au nom de 2027 relève souvent de la superstition plus que de la stratégie.

Cas d'école : acheter "dans le bruit" plutôt qu'après

Imaginons un repreneur industriel basé en Auvergne‑Rhône‑Alpes, qui identifie en 2026 une PME voisine, 40 salariés, belle base client, dirigeant de 63 ans épuisé par les dernières crises. Tout le monde sait que le dirigeant pense à vendre. La rumeur court déjà dans les couloirs des banques locales.

Option 1 : attendre 2028, "qu'on y voie plus clair". Entre‑temps, un concurrent allemand ou un fonds aura racheté la cible, et vous paierez l'intégration à travers ses prix.

Option 2 : assumer le bruit politique, structurer un montage intelligent, négocier une partie du prix en complément conditionnel, et verrouiller une croissance externe décisive pour votre territoire.

Ce n'est pas une fable théorique. C'est ce que je vois se jouer régulièrement partout en France, dans l'industrie comme dans les services ou la distribution.

Faut‑il, oui ou non, acheter avant 2027 ?

La seule réponse honnête est la suivante : si votre projet est bancal, si la cible est mal préparée, si votre propre organisation n'est pas prête, alors l'élection est un excellent prétexte pour ne rien faire. Et parfois, ne rien faire vaut mieux que foncer droit dans le mur.

En revanche, si :

  • Votre stratégie de croissance externe est claire ;
  • Vous avez identifié une cible cohérente ;
  • Vous êtes prêt à faire un vrai travail de diagnostic et de structuration financière ;

alors le calendrier politique ne devrait être qu'un paramètre parmi d'autres. Important, certes, mais certainement pas le chef d'orchestre de votre avenir.

Par où commencer concrètement en 2026 ?

Si vous sentez que 2026 pourrait être l'année où votre groupe, votre PME ou votre fonds doit passer la seconde, commencez par mettre de l'ordre dans vos idées - et dans vos chiffres. C'est exactement l'objet des étapes décrites sur notre page Acheter une entreprise : une demi‑journée de diagnostic pour clarifier ce que vous recherchez vraiment, puis un travail d'acquisition rigoureux, sans précipitation.

Vous pouvez également explorer nos autres ressources, qu'il s'agisse de terminologie du métier pour nommer correctement les opérations que vous visez, ou de nos multiples compétences pour comprendre comment un cabinet spécialisé peut orchestrer l'ensemble des intervenants (banques, avocats, experts‑comptables, etc.) sur le territoire français et au‑delà.

La présidentielle de 2027 arrivera quoi qu'il arrive. Vos opportunités de reprise, elles, ne passeront peut‑être qu'une fois. Entre l'attentisme fébrile et la témérité aveugle, il existe un chemin beaucoup plus exigeant : celui d'un projet d'acquisition d'entreprise préparé, chiffré, assumé. C'est moins spectaculaire qu'un débat télévisé, mais infiniment plus décisif pour votre avenir de dirigeant.

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